Loi PREPA : comment vont évoluer les épandages ?

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La buse à palette va-t-elle disparaitre ? Le plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (LOI Prepa) prévoit de supprimer les équipements les plus émissifs, d’ici 2025. Enfouir après épandage ? Se tourner vers des tonnes à pendillards ou à enfouisseurs ? Pour réduire significativement les volatilisations et rester économiquement performant, Hervé Masserot, conseiller machinisme à la Fdcuma 53 et spécialiste de ces questions d’actualité pour le réseau cuma de l’Ouest, nous livre ses conseils.

Pourquoi remet-on en cause l’usage de la buse palette aujourd’hui ?

              La loi PREPA, mise en place par l’Etat Français en 2017 dans le cadre de l’Europe, a pour but de réduire les émissions polluantes et gaz à effet de serre. Elle se traduit par la mise en place un plan d’action de 50 mesures, dont 17 comportent un volet agricole, qui prévoit la réduction des émissions ammoniacales, sortant entre autres des matières organiques animales. Un objectif de réduction de 25% de ces émissions est fixé pour 2025. Plutôt que de subir une réglementation subite et brutale, mieux vaut se préparer progressivement. Et notamment en évoluant vers des équipements d’épandage moins émissifs en azote ammoniacal. Il n’est pas dit que la buse palette sera interdite, mais son usage devra évoluer voire être limité. Avec une préconisation principale : l’enfouissement rapide derrière épandage. Actuellement, il ne s’agit que de recommandations, dans le cadre du volontariat. Les agriculteurs ont intérêt à jouer le jeu, pour éviter plus tard, une réglementation brutale et subie.

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En quoi l’azote ammoniacal est-il gênant ?

Les agriculteurs connaissent bien l’azote et notamment son cycle dans le sol, mais pas forcément sa forme ammoniacale, qui peut se retrouve en suspension dans l’air lors de l’épandage de lisier, et notamment avec la buse palette, s’il n’y a pas d’enfouissement rapide derrière. Qu’ils soient organiques (lisier, fumier) ou minéraux, les engrais contenant de l’azote ammoniacal peuvent libérer de l’ammoniac (NH3) par un mécanisme physico-chimique appelé volatilisation ammoniacale. Or, l’ammoniac est un précurseur du nitrate d’ammonium et du sulfate d’ammonium, polluants atmosphériques sous forme de particules fines (diamètre inférieur à 2.5 microns). Ces particules de très petite taille, font l’objet d’une surveillance accrue depuis plusieurs années, car elles ont un impact sur l’environnement (acidification des pluies, par exemple) et sur la santé humaine. Leur faible diamètre leur permet de pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire.

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Les pertes d’unités fertilisants sont-elles importantes si on n’enfouit pas rapidement le lisier après épandage ?

             Il est clair que plus on met le lisier au contact de l’air et plus les pertes ammoniacales sont importantes. Elles s’accroissent d’autant plus, que la température augmente (voir tableau 1) et selon la présence plus ou moins importante de végétation. Qui se doute que 6 heures après un épandage de lisier à la buse palette, 40% de l’azote ammoniacal -au minimum-s’est volatilisé (peut  monter à + 80 %) ? Les pertes sont réduites à 19% si on utilise plutôt une tonne à pendillards. Au-delà de la pollution générée, c’est une vraie perte économique pour l’agriculteur ! Sans compter que les unités d’azote apportées ont été consignées sur le plan de fertilisation … mais se sont échappées en partie dans l’air. Voilà pourquoi certains trouvent que la végétation « ne réagit pas vraiment » et se sentent poussés à rajouter (et payer) de l’engrais minéral. Les éleveurs qui sont passés à l’épandage par enfouisseurs ou pendillards, constatent un véritable effet azote sur la végétation en place et recourent moins aux achats d’engrais. Mieux vaut donc faire en sorte que le maximum d’unités d’azote atteigne les racines. Le choix de la tonne et de son dispositif d’épandage est un élément clé de la valorisation du lisier.

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Les pratiques d’épandage de lisier devront-elles évoluer ? 

On ne sait pas encore si la buse à palette vit ses dernières années… Dans le plan d’action visant à baisser les pertes ammoniacales en France, la buse à palette reste affichée, mais avec obligation d’enfouir immédiatement. Si les objectifs de réduction des émissions ne sont pas atteints, il faudra s’attendre à ce que les recommandations deviennent obligation. Les préfets de Région peuvent, à partir du plan d’action sorti en juillet 2019 (Guide des bonnes pratiques agricoles pour l'amélioration de la qualité de l'air), s’ils l’estiment utile lors de pics de pollutions aux particules, interdire les épandages à la buse palette.

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Les équipements évoluent-ils en conséquence ?

Les évolutions ne sont pas tant attendues du côté des équipements, qui sont sur le marché depuis un moment déjà, que de la préparation des lisiers en amont de l’épandage. Et notamment le lisier de bovin. Car ces lisiers sont multiples, souvent mal préparés et génèrent des bouchages. Au fil de l’hiver, les éleveurs poussent tout dans la fosse et ont tendance à ne procéder qu’à un seul broyage, juste avant l’épandage, histoire de casser la croute de surface et homogénéiser. Mais cela est loin d’être suffisant. Il reste quantité de matières organiques – foin, paille – qui posent problème lors de l’épandage, parfois même avec des buses palette. Sans parler des encombrants qui peuvent trainer en fond de fosse, comme des morceaux de ferraille, des pierres ou des talonnettes de vaches ! Pour garantir un épandage sans souci, il faut donc être vigilant tout au long de la chaine d’élevage : choix des pailles, vigilance sur ce qui est poussé dans la fosse, malaxage régulier (mensuel). Des équipements peuvent être ajoutés sur la tonne à lisier : turbine d’expulsion, qui permet de pousser le lisier sous une pression de 3-4 bars. Les Cuma équipées en sont satisfaites. Sur les pendillards, les broyeurs répartiteurs ont évolué : couteaux plus efficaces, sensibilité moindre au bouchage. Néanmoins, les équipements ne peuvent pas tout. Préparer le lisier en amont reste indispensable pour un épandage sans souci.

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Vers quels matériels se tournent les cuma actuellement ?

De plus en plus de cuma se tournent vers les nouveaux équipements, qui permettent de ne pas laisser s’évaporer les unités fertilisantes. Les subventions régionales, quand elles existent apportent un coup de pouce salutaire. Les tonnes à pendillards ont la faveur des Cuma, car c’est le système le plus polyvalent. Elles permettent d’épandre sur céréales en fin d’hiver. Leur gabarit de 12-24 voire 36m, assure de bons débits de chantier. Il existe une version de pendillards à sabots, encore peu fréquente. Les sabots écartent la végétation pour déposer le lisier au sol.

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Qu’attendre de plus des tonnes à enfouisseurs ?

On commence aussi à avoir des demandes pour des tonnes à enfouisseurs. C’est la solution la moins émissive, qui permet d’enfouir le lisier dans le sol à plus de 5 cm de profondeur. Elles restent limitées par leur largeur (6 m), demande de la puissance de traction, surtout si on cherche de la vitesse ou en présence de pente. Le débit de chantier est inférieur aux pendillards, mais restent très proche d’une buse palette. Autre avantage : ils permettent d’épandre le lisier et de déchaumer en un seul passage. Intéressants pour épandre du lisier avant implantation d’une culture, avec des pertes d’azote très réduites (moins de 5 %). Les modèles à disques sont plus polyvalents : ils peuvent être utilisés avant culture et sur prairie -dans la limite de doses acceptables de 20 à 30 m3/ha-. Au-delà, ils se comportent comme des enfouisseurs - pendillards avec une partie du lisier qui reste en surface.

 

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Au final, quel type d’épandage est le plus rentable ?

Certes, il y a un surcoût lorsqu’on s’équipe de matériels spécifiques : 35 à 50 000 euros pour une rampe à pendillards 12-15 mètres ou un enfouisseur 6 mètres avec DPA. Au total, une tonne à lisier ainsi équipée coutera entre 110 et 150 000 euros (16-18 m3). Ce surcoût, qui peut freiner voire effrayer l’investissement, est à mettre en regard des unités d’azote qu’on ne perdra plus. La Fdcuma de Mayenne a évalué des coûts d’épandage du lisier par type d’équipement, qui tiennent compte des pertes d’azote ammoniacal. Ils sont calculés pour une tonne de 15,5 m3 qui épand 10 000 m3 par an (voir tableau 2). Ils sont équivalents : 3,30 €/m3 avec buse à palette, 2,97 € avec rampe à pendillards de 15 m, 3,15 €/m3 avec enfouisseur de 4 m. Autrement dit, le fait d'économiser de l’azote - en limitant la perte ammoniacale-, permet de compenser et de payer le surcoût de l'équipement à  l'épandage. Un calculateur de coûts et temps d’épandage (Teplis), disponible gratuitement sur le site de la Frcuma Ouest (ouest.cuma.fr), permet de comparer différentes solutions d’épandage.


 

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